Biarritz | Vues sur maire : « vrais Biarrots » et « Français de souche »

Le débat de la « biarrotitude », comme l’aurait certainement appelée Ségolène Royal, est l’un des poisons les plus insidieux de cette campagne des élections municipales 2020 à Biarritz.

De nombreux imprécateurs au petit pied décernent des brevets de « vrai Biarrot » et ostracisent avec mépris celles et ceux qui ne mériteraient pas, selon eux, cette appellation d’origine contrôlée.

 

Mais qu’est-ce qu’un « vrai Biarrot » ?

Faut-il pour en être un, être né à Biarritz ?
Mais il y a belle lurette qu’il n’y a plus de maternité à Biarritz et que la plupart des mamans biarrotes accouchent à Bayonne ou ailleurs.
Un enfant de parents biarrots né à la maternité de l’hôpital de Bayonne est-il un « vrai Biarrot » ?

Faut-il, en application d’une sorte de droit du sang, avoir des ascendants biarrots ?
Mais comment prendre en compte cette filiation ? S’effectue-t-elle par le père ? Par la mère ? Par les deux ?
Et combien de générations faut-il pour que soit décerné le précieux sésame ? Une ? Deux ? Trois ? Plus ?

Faut-il vivre à Biarritz depuis un certain laps de temps ?
Mais combien ? Un an ? Cinq ans ? Quinze ans ? Plus ?
Ma femme s’est installée à Biarritz, il y a un peu plus de dix ans. Elle y a créé une entreprise et une quarantaine d’emplois. « Vraie Biarrote » ou kospei ?

 

Prenons mon exemple personnel, il se trouve que je le connais bien.

Ma grand-mère paternelle a habité le plus clair de sa vie place Clémenceau et son frère, mon grand-oncle, à Pétricot.

Mon père a usé ses fonds de culotte sur le banc d’un pupitre de l’école Jules Ferry, qu’il partageait à l’époque avec son copain Jakes Abeberry.

Quand, je suis né (à Bayonne, pas de chance …), mes parents habitaient avenue de Madrid à Biarritz et j’y ai passé la première partie de mon enfance.
C’est ainsi que j’ai appris à faire du vélo au Petit Jardin, qu’aucun Biarrot, « vrai » ou pas, n’a jamais appelé square Jean-Baptiste Lassalle.

Puis, mes parents ont déménagé à Bidart, où j’ai passé la deuxième partie de mon enfance.

Mes études et les contraintes de ma vie professionnelle m’ont ensuite éloigné de Biarritz et de la Côte Basque.

J’y suis revenu après un quart de siècle « d’exil » et voici plus de quinze ans que je vis de nouveau à Biarritz.

Pourtant, à entendre le discours mesquinement identitaire de certains, le doute m’étreint (pas du tout en fait, c’est une formule purement rhétorique) : suis-je un « vrai Biarrot » ?

Poser ces questions, c’est bien sûr y répondre et, à y regarder de près, cette appellation de « vrai Biarrot » dans la bouche de certains candidats et de leurs soutiens, n’est que la déclinaison locale du « Français de souche » dans la bouche de Madame Le Pen.

C’est-à-dire une notion tout aussi rance et nauséabonde.

Aussi, quand j’entends Monsieur Saint-Cricq apostropher de manière méprisante Nathalie Motsch en plein débat public d’un pitoyable « vous n’êtes pas d’ici », quand je lis sous la plume de Monsieur Destizon, immarcescible soutien de Monsieur Veunac, une excommunication de Jean-René Etchegaray, au prétexte qu’un Bayonnais, fut-il président de la Communauté d’Agglomération Pays Basque, n’aurait pas le droit de « s’immiscer dans la vie politique biarrote », quand je découvre sur les réseaux sociaux et dans les conversations de comptoir les expressions d’un isolationnisme et d’un identitarisme dévoyés, j’ai mal à mon Biarritz.

Le Biarritz que j’aime est fier de ses racines basques, gasconnes et océanes, le Biarritz que j’aime est pluriel, tolérant, ouvert et accueillant.

Eduardo Chillida a écrit quelque part : « Ici, dans mon Pays Basque, je me sens à ma place, comme un arbre adapté à son territoire, sur son terrain, mais dont les bras s’ouvrent au monde entier ».

Ici, dans mon Biarritz, je ressens exactement la même chose.

Je souhaite à Biarritz un maire plus proche d’Eduardo Chillida que de Marine Le Pen.

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